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Crise de l'euro : impasse totale.
Les agences de notations dégradent une à une les notes des pays de la zone euro. Après la Grèce, l'Italie a été touchée et la France est à présent directement menacée. On sait par l'exemple grec qu'une dégradation déchaîne la spéculation sur les dettes des états et contribue ainsi fortement à les creuser selon une mécanique infernale. La contagion de la crise financière, à travers la crise de l'euro, se poursuit donc et même s'accélère. Les « plans » des dirigeants franco-allemands se succèdent sans infléchir sa direction. La Gauche, la vrai gauche, doit en tirer toutes les conclusions. Trouvez ci-dessous vérités et contre-vérités qui se disent actuellement sur les plateaux de télévision.
Les plans de sauvetage de l'euro sont sans issue et coûtent très cher aux peuples.
Les dettes ne pourront pas être remboursées. Aucun pays n'est en mesure de le faire. Même les banques n'ont plus cette illusion. Leurs dirigeants, leurs cadres et même leurs traders ont intégré l'idée que la situation n'ira désormais qu'en se dégradant et que la fin de l'euro est un scénario tout-à-fait probable. Ils n'accordent aucune crédibilité aux « stress-tests » opérés par l'Union européenne pour évaluer la solidité des banques, étant donné que ces tests ne prenaient pas en compte le scénario – pourtant chaque jour plus évident – dans lequel la Grèce sortirait de l'euro.
Nombre de grandes fortunes et de grandes entreprises qui possèdent des comptes bancaires en Grèce et en Italie sont en train d'anticiper la sortie de la Grèce de la zone euro – et ses suites ! - en opérant des virements importants vers les banques allemandes. En effet, les euros n'ont pas partout la même qualité juridique : un euro sur un compte en Grèce est une créance sur la banque centrale grecque alors qu'un euro sur un compte en Allemagne est une créance sur la Bundesbank. Fin septembre, la multinationale Siemens a retiré cinq cent millions d'euros des banques françaises...
Les partisans français de l'euro comptent sur l'action de la banque centrale européenne (BCE) pour financer les déficits publics. C'est une illusion. Celle-ci pourrait théoriquement le faire mais ne le fera pas, car l'Allemagne - en raison de sa Constitution - ne peut pas l'accepter. Cette réalité a été rappelée avec force par la cour constitutionnelle allemande le 7 septembre dernier. En disant que l'Allemagne ne pouvait assurer un soutien durable à un autre pays, elle a envoyé une fin de non-recevoir au principe des « euro-bonds ». La France et les dirigeants européens vont-ils demander aux Allemands de s'asseoir sur leur Constitution ?
L'euro est donc dans une impasse totale. Par conséquent, il faut que les états cessent de saigner les peuples pour tenter de rembourser les dettes. Il faut qu'ils fassent défaut. Il faut qu'ils sortent de l'euro.
Les arguments assénés par les partisans de l'euro sont mis en échec par la réalité.
Les partisans de l'euro disent que la sortie de l'euro augmenterait le chômage. Ils s'appuient sur le fait que la balance des paiements de la zone euro est à l'équilibre avec le reste du monde (elle importe autant qu'elle exporte) et que la dévaluation qui suivrait la sortie de l'euro romprait cet équilibre. Mais la problématique de l'euro est intra-européenne. C'est au sein de la zone euro que les déséquilibres commerciaux sont les plus grands. En effet, l'euro est surévalué pour certains pays, notamment pour la France. Il pénalise les exportations de nombreux pays, favorise gravement les exportations allemandes et encourage les délocalisations qui - en réalité - se font principalement au sein de la zone euro.
Les partisans de l'euro disent que sans l'euro, l'Europe perdra son influence politique. Mais débarrassés des tares de la monnaie unique, des pays d'Europe pourraient avoir une monnaie COMMUNE, en plus de leurs monnaies nationales. Ces pays, ainsi organisés, disposeraient d'une audience importante à l'échelle internationale par rapport au dollar et au yen. Aujourd'hui, au contraire, l'Union européenne donne le spectacle de la division et de l'impuissance. La situation géopolitique du continent européen ne serait donc pas pire que ce qu'elle est aujourd'hui si l'euro disparaissait.
Les partisans français de l'eurolibéralisme disent que la France a un problème de compétitivité alors que l'Allemagne, elle, s'en sort très bien avec un euro fort. Mais en réalité, si l'Allemagne a des excédents commerciaux, c'est qu'elle pratique une forme de dévaluation déguisée de deux façons :
> elle mène une politique de déflation des salaires – avec des conséquences sociales importantes ;
> elle a délocalisé volontairement une partie de sa production dans des pays d'Europe centrale et de l'est qui sont historiquement sa zone d'influence. Production qu'elle réimporte ensuite dans ses frontières nationales pour les vendre en tant que produits allemands dans les pays de la zone euro.
Cette compétitivité est donc artificielle. Ainsi, 43% des exportations allemandes ont lieu dans la zone euro et 75% dans l'Union européenne (libellés en euro). Au point d'ailleurs que l'Allemagne a une balance commerciale déficitaire en dehors de la zone euro. La « performance » allemande repose donc sur la conquête des économies de ses soi-disant « partenaires » européens. Il est notable que les excédents commerciaux de l'Allemagne vis-à-vis de la France ruinent peu-à-peu l'industrie de cette dernière.
La peur comme moyen de persuasion... comme en 2005.
La sortie d'un ou plusieurs pays de l'euro anéantirait sans doute l'Union européenne. Et alors ? Ceux qui prétendent que l'Union européenne est le ciment de la solidarité entre les pays d'Europe nient la réalité. L'Union européenne n'est pas et n'a jamais été un instrument d'émancipation des peuples. C'est au contraire, un instrument d'aliénation et de domination imposé par une partie des classes dirigeantes. Car il n'y a pas de solidarité européenne dans le cadre de l'Union européenne ! Dans la présente situation de crise, les Allemands sont vent debout contre les Grecs ; les Finlandais, les Néerlandais et les Autrichiens refusent catégoriquement d'aider la Grèce ; les Slovaques ont renvoyé en décembre (c'est-à-dire trop tard) le principe d'un accord sur le fond européen de soutien à la Grèce. Etc.
Comme lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen (TCE), certains partisans de l'eurolibéralisme utilisent la peur contre la sortie de l'euro. Ils disent que le retour aux monnaies nationales engendrerait un risque de guerre... rien que ça ! En réalité l'argument de la peur est un aveu de désespoir, celui qu'on utilise quand on ne dispose plus d'autre argument pour convaincre. Aux prétendues guerres qui attendraient les pays d'Europe au cas où ils voudraient conserver leur souveraineté, il faut opposer aux euro-béats la réalité de la guerre économique à laquelle se livrent les pays de la zone euro aujourd'hui. En vérité, depuis dix ans, les écarts économiques entre pays riches et pays moins riches de la zone euro se sont creusés (exemple : l'Allemagne et la Grèce). Cela montre que l'euro a profité aux économies déjà dominantes. L'agressivité commerciale entre les pays de la zone euro prévaut – de très loin ! – sur la « solidarité » affichée dans les discours.
La « gouvernance » de l'euro est anti-démocratique.
L'euro ne pose pas qu'un problème de « compétitivité » économique, il pose également un problème de démocratie. Du fait de l'euro, un grand nombre de choix économiques et de décisions politiques sont imposés aux états. Angela Merkel déclarait par exemple au mois de mai dernier : « Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu'en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts car nous ne pouvons pas avoir une monnaie unique quand certains ont beaucoup de vacances et certains très peu ». Que cela signifie t-il ? Tout simplement que l'euro impose d'avoir une même politique, quel que soit le gouvernement. Politique qui échappe donc de plus en plus aux électeurs-citoyens et qui repose sur le moins-disant social. Par exemple, il n'y a pas de SMIC en Allemagne : la logique de l'euro voudrait donc qu'il n'y en n'ait plus en France...
La sortie de l'euro : une étape dans la lutte contre le libéralisme.
La sortie de l'euro n'est pas un but en soi. On voit bien que le Royaume-Uni et d'autres pays qui ne sont pas dans la zone euro, connaissent de graves difficultés financières. Leur situation s'explique par le fait que leurs dirigeants s'inscrivent pleinement dans le cadre du néolibéralisme, même si, pour des raisons historiques, le Royaume-Uni a fait le choix de conserver sa monnaie.
La sortie de l'euro n'est donc pas un but mais un moyen, une étape indispensable qui s'inscrit dans un ensemble de mesures politiques visant à sortir du cadre de l'économie libérale. Car dans ce cadre tout se tient.
Revenons par exemple sur un argument avancé par ceux qui ne veulent pas sortir de l'euro. Ils disent - à juste titre - qu'en cas de sortie de l'euro, les taux d'intérêts augmenteraient sur les marchés financiers et que par conséquent, l'argent deviendrait plus cher. Mais ils oublient de dire que ces taux sont fixés par les marchés eux-mêmes. Par conséquent, il ne faut plus que les états – et en premier lieu l’État français – se financent en passant par les marchés financiers.
Or, l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne les y contraint. Par conséquent, le M'PEP - parce qu'il ne croit pas à une modification des traités européens (cela nécessiterait en effet une décision à l'unanimité des 27 états membres) - propose de mettre la question de la sortie de l'Union européenne au cœur d'un référendum populaire. [http://www.m-pep.org/spip.php?article2407]
En sortant de l'euro et l'Union européenne, la France retrouverait la maîtrise de sa politique monétaire et financière. Elle pourrait envisager d'autres sources de financement que les marchés, dont les taux usuraires sont la cause des politiques d'austérité :
>en utilisant l'épargne nationale ;
>en imposant des quotas de titres d’État aux banques et aux organismes financiers ;
>et enfin par une création monétaire émise par la banque de France.
Bref, la France peut se passer des marchés obligataires qui, d'ailleurs, n'existaient même pas avant la poussée des politiques libérales des années 80 !
Le rôle historique de la gauche.
Ceux qui sont responsables de cette situation, ceux qui ont créé l'euro il y a une dizaine d'années, sont toujours en place et nous expliquent que la situation est « sous contrôle » et qu'elle va s'améliorer. C'est le paradoxe le plus grave de la situation actuelle : on ne peut pas demander à ces décideurs politiques de regarder la réalité en face, car ils ne peuvent plus le faire. Nous allons donc assister à des bouleversements sociaux, des convulsions de toutes natures, qu'il faut politiquement anticiper.
C'est à la Gauche de regarder la réalité en face et de la prendre en charge. Il faut qu'elle accepte de reconnaître qu'une partie d'entre elle s'est trompée et qu'aujourd'hui, il faut sortir de l'euro. Sortir de l'euro par la gauche, c'est-à-dire en réorganisant les relations entre les pays de l'Union européenne sur les bases d'une coopération débarrassée des dogmes néolibéraux. Car l'euro est indissociablement lié à l'eurolibéralisme et à ses méthodes de « gouvernance » : pour imposer ce système monétaire et ce système de financement des états, les classes dirigeantes ont bafoué la démocratie. Non, les français n'ont jamais choisi en toute conscience de privatiser la création monétaire !