Le plan de bataille des financiers from mutins on Vimeo.
Ecouter aussi l'émission de radio Là-bas si j'y suis...
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2429
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La réindustrialisation partie 1
Le M'PEP propose une stratégie visant à supprimer le chômage. Non pas à le faire baisser mais bien à le supprimer. Il avance le principe du « droit opposable à l'emploi » qui replace le travail dans sa dimension pleinement sociale et qui implique la disparition du « marché de l'emploi ». La mise en œuvre de ce droit nécessite de dégager les besoins en terme d'emplois ainsi que des moyens pour financer les salaires. En ce qui concerne ce dernier point, nous vous renvoyons vers d'autres écrits du M'PEP. En ce qui concerne les besoins en terme d'emplois, la question industrielle est fondamentale.
Intervention de Jacques Nikonoff à l'université d'automne du M'PEP, novembre 2011.
Il ne s'agit pas ici de proposer un projet de politique industrielle clé en main, mais d'évoquer les problèmes à résoudre pour parvenir à en définir une.
Pourquoi faut-il une politique industrielle ?
Le marché ne peut pas définir une perspective cohérente de développement industriel. Dans tous les pays, qu'ils soient déjà industrialisés ou qui voudraient s'industrialiser, les mécanismes du marché ne peuvent suffire à développer une industrie qui réponde à leurs besoins. Il faut pour cela qu'un gouvernement fixe des objectifs et prenne des mesures pour les mettre en œuvre.
Or, l'industrie fait l'objet depuis plusieurs années de campagnes de discrédit. Certains des arguments avancés par ceux qui veulent discréditer l'industrie sont exacts : son caractère polluant, les conditions de travail pénibles, la somme d'emplois non-qualifiés qu'on y trouve etc. Mais d'autres arguments doivent faire réfléchir : par exemple ceux qui présentent l'industrie comme une activité « dépassée » sur le plan économique, car héritée du XIXe siècle, alors que le XXIe siècle serait celui des services. L'ensemble de ces arguments sont souvent avancés pour justifier le mouvement de désindustrialisation de notre pays.
Quel est le rôle de l'industrie dans l'économie et dans la société ?
Il faut rappeler quelques évidences pour cadrer la réflexion.
1 - Que ça soit dans les pays du nord ou dans les pays du sud, le rôle de l'industrie est de produire les biens utiles à la population. Ces biens sont fabriqués sur place ou importés. Selon le choix politique qui est fait, les conséquences seront donc importantes en terme d'emploi local et de balance des paiements. Acheter à l'étranger signifie dépenser des devises pour payer des importations qu'il faudra gager par des exportations. Si on ne compense pas par des exportations, on crée un endettement qui devient vite insupportable. Ce problème est un problème macro-économique qui nécessite un arbitrage entre ce qui doit être produit localement et ce qui peut être importé.
2 – L'industrie est l'activité économique dans laquelle on peut obtenir les plus grands gains de productivité. Cela n'implique d'ailleurs pas obligatoirement la pratique du « productivisme » capitaliste qui néglige les dégâts environnementaux et humains. La recherche de productivité est le moyen de produire plus en utilisant moins de travail, moins de capital et en ayant moins d'impacts négatifs sur la nature. Il est donc nécessaire de chercher à améliorer la productivité. La perspective du remplacement de l'homme par la machine est rendue possible par la recherche d'une meilleure productivité, et cette perspective est excellente dans nombre de domaines. Contrairement à une idée reçue, il n'y a pas de fatalité en terme d'emploi avec la mécanisation. La mécanisation doit permettre de libérer les hommes et les femmes des tâches pénibles et leur donner du temps pour faire autre chose, sans pour autant qu'elle provoque l'exclusion sociale que constitue le chômage.
La réindustrialisation doit permettre d’offrir des emplois non-qualifiés.
L'industrie permet plus que les activités primaires et tertiaires de proposer des emplois variés, allant des plus hautes qualifications jusqu'aux plus modestes. Il y a trente ou cinquante ans, les jeunes adultes habitant la banlieue allaient au collège d'enseignement technique (CET, devenus « lycées techniques » par la suite), suivaient une formation de CAP ou de BEP, définie avec le patronat et les syndicats locaux pour correspondre aux besoins du bassin d'emploi. Ainsi étaient formés des chaudronniers, des ajusteurs, des tourneurs (etc.), qui trouvaient des emplois dans les banlieues industrielles (banlieue parisienne, lyonnaise, marseillaise, grenobloise etc.). Les choses se faisaient d'ailleurs quasi automatiquement ! Il ne s'agit pas d'un modèle vers lequel il faudrait revenir, mais cela se passait ainsi. Un certain nombre de jeunes ne parvenaient à décrocher aucun diplôme (les « fin d'étude », les SES...), car pour de multiples raisons ils ne le pouvaient pas. Cependant, ils trouvaient un emploi de manœuvre ou d'OS sans difficulté, même lorsqu'ils étaient à peine lettrés.
La question qui se pose est donc la suivante : ne faut-il revendiquer que des emplois qualifiés ? La réponse est non. Il faut bien sûr des emplois qualifiés, mais il faut également créer des centaines de milliers d'emplois non-qualifiés. Il y a en effet des centaines de milliers de personnes qui sortent du système scolaire sans aucune qualification ni aucun diplôme, dont certains savent à peine lire et écrire, dont l'état de santé est précaire, dont la socialisation n'est pas faite, et qui ne trouveront jamais d'emploi dans le système actuel. Les entreprises privées ont en effet évacué vers l'extérieur du pays tous les emplois de ce type. C'est la raison pour laquelle on assiste depuis des années à la multiplication des dispositifs ciblés : « emplois-jeunes », CES, CUI et autres, emplois très précaires et en nombre insuffisant.
Le saccage de l'industrie de main d’œuvre en France.
En 1981-82, la politique keynésienne du gouvernement socialiste-communiste avait commencé à donner des résultats positifs en terme de gains de pouvoir d'achat mais ces gains n'avaient pas profité à l'industrie française. Les français avaient acheté massivement des produits fabriqués à l'étranger - produits technologiques non-fabriqués en France à ce moment là. Les socialistes ont alors choisi une politique prioritairement axée sur les exportations pour compenser ces importations. Il s'agissait de maintenir l'emploi, non pas par le développement du marché intérieur, mais par la conquête des marchés extérieurs. Politique qui implique une recherche de compétitivité par l'écrasement des salaires - déjà à l'époque !
Cette politique s'est accompagnée d'un discours ouvertement mondialiste : dans une économie ouverte, la recherche de compétitivité de la France devait - à leurs yeux - passer par le développement d'une industrie de haute technologie. Il fallait donc se débarrasser des « industries de main d’œuvre » en les délocalisant vers des pays pauvres. Cette politique a donc conduit à la disparition de l'industrie de la chaussure, de l'ameublement, du textile, de l'électronique grand public (etc.). Une industrie d'ouvriers spécialisés principalement constituée de jeunes, d'immigrés et de femmes.
Mais cette concentration de l'activité industrielle sur des niches de haute technologie était – et reste – parfaitement illusoire. On le voit aujourd'hui : les Russes, les Chinois, les Indiens, les brésiliens (etc.) rattrapent à toute vitesse ces niches. La France et les autres pays qui ont fait le choix de cette stratégie sont maintenant en concurrence avec eux. Il n'y a donc plus aucune perspective positive pour les pays développés de se spécialiser dans ces niches.
Relocaliser les industries de main d’œuvre, une nécessité politique.
La conclusion est donc qu'en terme de stratégie industrielle aujourd'hui, un pays comme la France doit viser tous les secteurs d'activité. Il faut maintenir et développer les industries de haute technologie et il faut relocaliser les industries de main d’œuvre. Pour des raisons économiques, mais aussi – et d'abord - pour des raisons politiques. Il est en effet nécessaire de reconstituer un salariat homogène, capable de jouer un rôle dans la dynamique sociale, principalement constitué de jeunes français issus de l’immigration, qui représente entre 20 et 60% de chômage dans certains quartiers urbains.
Il faut l'affirmer clairement : s'il y a un objectif économique à la réindustrialisation de la France, il y a prioritairement un objectif politique à la relocalisation de l'industrie de main d’œuvre. L'intégration sociale de ces jeunes doit être prioritaire. Dans la situation actuelle, ils sont de toute façon placés « au rebut » par le système économique. Un des problèmes de la gauche est qu'elle n'ose poser le problème de cette façon. Pourtant, les jeunes des quartiers pauvres ont bien compris que, dans ce système, la situation est sans issue pour eux et qu'ils ne trouveront jamais un emploi, un véritable emploi. Et ce, que le gouvernement soit de droite ou qu'il soit socialiste. Car les conservateurs et les sociaux-démocrates ne font que réorganiser la file d'attente des chômeurs depuis trente ans. Les soi-disant « plans de lutte » contre le chômage se succèdent, qui se contentent de mettre tantôt les « seniors » en tête de file, tantôt les moins de 25 ans, de façon à créer une illusion.
L'industrie est une des conditions de la souveraineté.
Dans sa volonté de réhabiliter sa puissance, l'Allemagne a bien compris quel est le rôle de son industrie. Pourquoi la France n'évoquerait-elle pas cette nécessité pour elle-même ? La puissance est une condition de la souveraineté. Par définition, un pays qui n'a ni puissance industrielle ni puissance militaire n'a qu'une souveraineté limitée.
[à suivre]